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Ce que le jour doit à la nuit

30 Décembre 2012 , Rédigé par ZR

Grenoble, jeudi 23 août, projection en avant-première du dernier film d'Alexandre Arcady, "Ce que le jour doit à la nuit". Pour les connaisseurs, c'est l'adaptation cinématographique du roman à succès de l'écrivain algérien Yasmina Khadra.

Cette production française sortira sur les écrans le 12 septembre prochain avec Fu'ad Ait Aattou, un jeune acteur vu dans le film "Une vieille maitresse" et Nora Arnezeder (Faubourg 36).

Cette fresque romanesque décrit l'Algérie entre 1930 et 1962 avec comme fil conducteur l'amour impossible entre Younès/Jonas (Fu'ad Ait Aattou) et Emilie (Nora Arnezeder).

Ce que le jour doit à la nuit, publié en 2008 est mon roman préféré... Je me suis appropriée les personnages et leur histoire dès les premières pages. J'ai compris Younès / Jonas, sa schizophrénie et ses complexités. Je vis les mêmes contradictions que lui dans un autre pays et à une autre époque.

J'ai cautionné sa fierté et l'importance qu'il donne à la parole.

Après trois ans sans avoir foulé le sol algérien, j'avais bu les mots de Yasmina Khadra comme de l'eau et imaginé chaque paysage d'Oran et de Rio Salado.

Il va sans dire que j'attendais beaucoup de cette adaptation. Je rentre dans la salle, peu de monde, je suis étonnée mais rien ne peut contenir mon excitation. Le film commence....

Le verdit : j'aurais aimé ne pas avoir lu le roman pour mieux apprécier le film. Car au moment de sortir de la salle, la version d'Alexandre Arcady me laisse un goût amer. Le film en lui-même est beau, majestueux de par les paysages et la prestation des acteurs principaux.

Malheureusement (pour moi) cette adaptation tourne trop autour de cette "non-histoire" d'amour entre Jonas et Emilie. Une histoire d'amour impossible pour des raisons que le spectateur ne peut pas comprendre car il est fait trop d'impasses sur Younès. Où sont Jenane Jeto et la relation entre l'enfant et le père qui font la base du récit de Yasmina Khadra ?

Les morts restent vivants dans le film alors qu'ils ne sont plus dans le livre.

Emilie, aux regards et aux cheveux sombres pour Khadra, porte un visage angélique aux yeux d'Arcady.

Certaines scènes me rappellent les exagérations de "La vérité si je mens" et la classe des personnages du livre laisse place à une certaine vulgarité dans les propos.

Heureusement, la musique d'Armand Amar est superbe et les prestations de certains comédiens me laissent sans voix. C’est le cas de Fellag, Salim Kechiouche et Vincent Pérez qui sont littéralement possédés par Mahi, Jelloul et Pépé Rucillio.

Malgré les différences avec le roman, Alexandre Arcady signe probablement l'un de ses meilleurs films. Un film sur l'Algérie et la déchirure d'un peuple qui n'a jamais été UN, l'Algérie de l'exode et de la nostalgie. Nostalgie... surement! Car sur la dizaine de personnes présentes dans la salle je suis la seule à avoir la peau un peu plus foncée que les autres. La plupart semblent être des enfants de l'Algérie Française.

Une femme d'une soixantaine d'années est dans mon rang, excitée d'avoir reconnu la Place d'armes d'Oran. Lorsqu'un sanglot puis des larmes lui échappent lors de la scène du départ des français d'Algérie, j'hésite à lui tendre un mouchoir.

Je renonce de peur de sa réaction et je mesure la portée symbolique qu'aurait eu ce geste, 50 ans après l'indépendance de l'Algérie.

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